2. Assimiler l'autre à soi
Outre les répudiations pures et simples des autres cultures, l'ethnocentrisme fonctionne aussi, comme pratique négative, par assimilation de l'autre à soi. En effet, si sous le terme d'ethnocentrisme on regroupe divers modes caractéristiques de la négation d'une culture par une autre, et si l'on considère que, par son acte de négation, l'homme peut nier soit l'objet, soit la relation même à l'objet, on peut discerner, par-delà la répudiation directe de l'autre (négation d'objet), une forme moins grossière d'une telle négation : celle-ci résidera dans la négation de la relation même existant entre le locuteur et son objet. L'acte négateur fait alors connaître l'autre comme non distant, comme identique, ce qui interdit de poser le problème de la différence et de reconnaître l'identité et l'originalité de l'autre culture. D'un tel ethnocentrisme, on trouve des exemples dans certaines « mesures » d'assimilation des minorités ethniques et/ou culturelles qu'adoptent certains pays. Ainsi, qu'il s'agisse, au xixe siècle, de l'attitude du gouvernement des États-Unis manifestée dans ses législations les plus favorables à l'égard des Indiens ou des mesures de francisation adoptées en 1965 et destinées à intégrer les Indiens de la Guyane française, les pratiques assimilationnistes expriment souvent une vision ethnocentrique et sont homogènes à l'ethnocentrisme fondamental qui les anime. La volonté d'assimilation chez les tenants d'une culture qui imposent par décision administrative ou politique leurs règles à une autre culture repose sur un ensemble d'idées erronées : l'état dans lequel se trouve telle autre population est considéré comme un « stade » vers une civilisation plus parfaite, celle du locuteur ; corrélativement, les données propres au cadre naturel, au mode de vie et aux expressions culturelles afférentes sont considérées comme négligeables, et méconnues sinon inconnues. Un tel stéréotype repose sur un faux évolutionnisme qui s'appuie sur deux idées : d'une part, l'idée selon laquelle il y aurait des degrés sur le chemin de la civilisation – ce qui suppose l'existence de moindres civilisations –, d'autre part, l'idée de changement possible de l'enveloppe culturelle. Cette conception évolutionniste implique donc que celui, individu ou société, qui pense ainsi vit sa culture comme une enveloppe, un donné interchangeable. Ainsi, et tel est l'un des principaux résultats de l'assimilation, en disant que l'autre « est un moindre soi » et en prétendant l'assimiler, l'homme d'une culture donnée nie la distance qui le sépare d'une culture autre pour ne pas reconnaître en elle un système différent.
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