2. Modernité d'Aristote
L'analyse des fins de l'homme, l'attention aux situations, le refus des facilités supposées de l'idéalisme n'ont cessé d'alimenter la pensée politique (par exemple le De Monarchia de Dante), puis les « sciences morales » et les sciences humaines (sociologie, anthropologie, psychologie...) qui en ont pris le relais. La morale d'Aristote nourrit encore la philosophie la plus contemporaine, et aussi bien – fait remarquable – les traditions « continentales » qu'« anglo-saxonnes ». Les cours consacrés par le jeune Heidegger, dans les années 1920, à l'Éthique à Nicomaque, suivis par Hans Georg Gadamer, Hannah Arendt, ou encore Leo Strauss, ont directement influencé l'herméneutique et ce qu'on appelle parfois l'anthropologie philosophique (en Allemagne, les travaux de Rieter, Itting, Riedel, voire Le Principe responsabilité de Hans Jonas ; en Italie, ceux surtout d'Enrico Berti). Émigrés aux États-Unis, Arendt et Strauss ont puissamment contribué au renouveau de la philosophie politique, faisant d'Aristote une référence obligée (MacIntyre, Nussbaum, Taylor, et parmi les Français Pierre Manent). De leur côté, Elisabeth Anscombe, Georg Henrik von Wright (tous deux disciples de Wittgenstein), Donald Davidson, suivis en France par Pascal Engel ou Ruwen Ogien, ont repris la description aristotélicienne de l'action humaine et le problème du syllogisme pratique, pierre d'achoppement de toute tentative de « naturaliser » la morale.
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