4. L'Église d'Éthiopie
Le christianisme fut introduit en Éthiopie vers l'an 320 par deux laïcs syriens, Edesius et Frumentius, qui y convertirent le souverain après avoir été conduits à sa cour à la suite d'un naufrage en mer Rouge. Frumentius, après avoir reçu l'ordination épiscopale de saint Athanase, patriarche d'Alexandrie, devint le premier évêque du pays. Fidèle à ce précédent, l'Église d'Éthiopie allait recevoirs ses hiérarques de l'Église copte jusqu'auxxe siècle. Vers 480, un groupe de moines syriens (les Neuf Saints) donna un nouvel essor au christianisme éthiopien, y introduisant à la fois le monachisme (dont le rôle sera capital) et le monophysisme, au moins sous la forme d'un refus des formulations du Concile de Chalcédoine (451), qui renforçait ses liens avec l'Église d'Alexandrie. De cette époque dateraient les monastères les plus célèbres : Debra Damo et Debra Libanos notamment ; ce dernier fut réorganisé par Tekla Haymanot vers 620.
• Vers l'autonomie
L'invasion islamique de la vallée du Nil, en 640, coupa l'Église d'Éthiopie du reste de la chrétienté : son histoire reste mal connue pour la période du viie au xiiie siècle. L'Histoire des patriarches (coptes) d'Alexandrie, écrite au xe siècle, relate cependant que, par la menace de mesures de rétorsion sur leurs sujets musulmans, les souverains éthiopiens purent protéger, à plusieurs reprises, leurs coreligionnaires d'Égypte de la persécution. Six siècles plus tard, la découverte du pays par les Portugais, et surtout l'aide qu'ils lui apportèrent dans la lutte contre l'invasion musulmane, amena l'Église au contact du catholicisme pendant deux siècles, et même à une union avec Rome. Elle fut éphémère (1626-1632), surtout à cause des tendances latinisantes des jésuites. Le xxe siècle s'est caractérisé par l'émancipation canonique de l'Église vis-à-vis de celle d'Alexandrie : en 1929, elle obtint l'ordination de cinq évêques autochtones ; en 1948, l'existence d'un archevêque éthiopien fut acceptée ; en 1959, un accord définitif consacra l'autocéphalie de l'Église avec un patriarche catholicos à sa tête (abouna). Ce dernier, éthiopien, devait simplement reconnaître la primauté d'honneur du pape d'Alexandrie, qui procédait à son ordination. Le chef de l'ordre monastique (etcheguié) gardait un rôle considérable dans un pays qui comptait des milliers de couvents. Son titre et sa fonction furent repris par l’abouna en 1971.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 37 pages…



