8. Littératures des minorités
« J'ai décidé un jour d'écrire l'histoire des immigrants en Amérique. J'ai découvert alors que les immigrants étaient l'histoire de l'Amérique. » Cette formule lapidaire d'Oscar Handlin dans The Uprooted (1951) a le mérite de résumer la formation de la nation américaine mais le défaut de masquer la complexité du problème.
L'asservissement des Noirs, l'ethnocide des Indiens – péchés originels de la nation – constituent la conscience malheureuse de l'Amérique et structurent, explicitement ou non, sa pensée et sa création.
Les souvenirs des vagues d'immigration qui ont déposé sur les côtes du Nouveau Monde les alluvions bigarrées de populations diverses – fierté de la nation – modèlent d'une toute autre façon le rêve américain.
Vint un temps où l'Indien, le Noir, l'immigré et ses descendants cessèrent d'être uniquement objets de l'écriture pour en devenir les sujets. Ils prirent la parole pour dire leur univers tant matériel qu'émotionnel, imaginaire et symbolique.
Les immigrés le firent d'abord dans leurs idiomes natifs. Ainsi se développèrent sur le sol américain une presse, des maisons d'édition, des théâtres qui diffusèrent les œuvres de créateurs qui, tout en vivant aux États-Unis, continuaient à produire dans leurs langues d'origine. Mais, parallèlement, se dégageaient, au sein même de la littérature « américaine », des littératures minoritaires dans la langue hégémonique. Celles-ci relevaient de trois ensembles : la société d'origine, la société d'insertion et la société minoritaire, résultante du rapport dialectique entre les deux premières.
L'un des obstacles qui s'est longtemps opposé à la reconnaissance de ces littératures est leur utilisation de l'américain. C'est là en effet un des problèmes cruciaux auxquels se heurte toute production minoritaire. Pourtant, dans la mesure où toute écriture est nécessairement le « produit de l'homogénéité du dire et du vivre » (H. Meschonnic), elle ne peut qu'intégrer et assimiler, suivant des processus qui l […]
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