7. La littérature afro-américaine
Longtemps niée, l'existence de la littérature noire aux États-Unis comme production spécifique a surtout été revendiquée à partir des années 1960. L'exploration de l'historicité de cette tradition littéraire commence alors à se substituer à la chronologie du contexte sociopolitique.
• Le mythe originel de la parole libératrice
Cette tradition littéraire s'enracine, quant à elle, dans le mythe prégénérique d'une quête de la liberté qui va de pair avec la maîtrise de la parole grâce à l'instruction. Dès les premiers récits d'esclaves fugitifs, l'exploration du langage de son groupe conduit le narrateur à la découverte de sa propre voix, et ce héros « lettré » devient le gardien de sa culture ethnique. À travers A Narrative of the Life of Frederick Douglass (1845), The Souls of Black Folk (Âmes noires, 1903) de W. E. B. Du Bois et The Autobiography of an Ex-Coloured Man (Autobiographie d'un ci-devant homme de couleur, 1912) de James Weldon Johnson, cet archétype engendre des formes dont la structure et la continuité ne reflètent pas nécessairement la chronologie du contexte social. Ainsi, par exemple, Black Boy (1945) de Richard Wright et Invisible Man (Homme invisible, pour qui chantes-tu ?, 1954) de Ralph Ellison sont en résonance avec les œuvres précédemment citées, tandis que les ballades de Sterling Brown et Robert Hayden renvoient aux blues et aux spirituals. Cette tradition littéraire puise en effet dans les coutumes populaires et la production intellectuelle de plusieurs continents, et c'est dans ce cadre qu'il convient d'apprécier l'influence vitale, sur tous les genres, des matériaux et des formes du folklore : chants religieux et séculiers ; contes animaliers dans lesquels le « décepteur » (le rusé lapin ou l'esclave John) joue un rôle central ; toasts et ballades célébrant les héros de la race comme John Henry ou Stagolee ; formules, superstitions et devinettes ; échanges rituels d'insultes dans les dozens, etc. C'est également dans ce cadre qu'il convient d'apprécier l'emploi du parler noir comme diction […]
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