5. La poésie au XXe siècle
• Le renouveau de la poésie américaine
Selon Pound, s'agissant de poésie, les États-Unis sont encore une « colonie de Londres » en 1912. Le moment « crépusculaire » dont l'anthologiste E. C. Stedman parle en 1900 n'est en effet plus guère éclairé, éteints les grands phares (Whitman, Poe) et décédés les « brahmines » (Whittier, Lowell, Holmes, Longfellow), que par des talents dispersés (E. A. Robinson, G. Santayana), des poètes réputés particularistes (E. Markham, J. W. Riley, J. Miller), l'éclair de notoriété d'Emily Dickinson (publiée en 1890) et quelques transfuges du roman florissant (Stephen Crane) ou du théâtre (W. V. Moody). La faible lueur entretenue par les anthologies et les magazines utilisant des vers comme bouche-trous typographiques va pourtant, passée la première décennie du siècle, se raviver au souffle puissant d'innovateurs et engendrer l'un des plus spectaculaires embrasements poétiques que l'Amérique du Nord ait connus. Les poètes nés lors du dernier quart du xixe siècle vont, dans une diversité étonnante, rompre à partir de 1908 les liens de dépendance attachant encore la poésie américaine à l'Angleterre et au xixe siècle, et, dans le même mouvement, permettre à la poésie de retrouver ses audaces perdues. Venue la Seconde Guerre mondiale, nulle lectrice ne pourra plus écrire à une revue célèbre : « Messieurs, mon mari a derrière lui une très belle carrière de forgeron. Mais il est aujourd'hui vieux et, son esprit s'affaiblissant peu à peu, il s'est mis à écrire des poèmes, dont je me permets de vous soumettre un choix. »
En 1912 vient au jour une révolution poétique. « Seule, a dit Ezra Pound, la médiocrité d'une époque donnée peut mener les hommes intelligents de ce temps à rompre avec la tradition. »
Frost et Robinson
Certes, on distingue déjà chez un Trumbull Stickney, chez Louise Imogen Guiney, R. W. Gilder ou Madison Cawein une volonté de se déprendre de la tradition victorienne et georgienne qui domine alors l'Angleterre, et […]
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