1. Le problème des origines
• Les ancêtres
La littérature américaine est née, à une date incertaine, de mère anglaise et de père inconnu. Malgré les efforts des critiques pour lui confectionner un acte de naissance en bonne et due forme, l'écrivain d'outre-Atlantique se sent toujours le descendant d'un enfant perdu ou d'un continent trouvé. Le grand ancêtre est peut-être un de ces obscurs prêcheurs puritains qui, au xviie siècle, annonçaient aux colons la mission glorieuse de régénération que leur confiait le ciel, en même temps que le châtiment implacable promis aux pécheurs : la Cité de Dieu en ce monde et l'Enfer dans l'autre. On peut penser aussi aux chroniqueurs qui prirent la plume pour vanter les exploits des premiers fondateurs, Cotton Mather le clerc (1663-1728) ou William Bradford (1590-1657) le gouverneur. Lequel mérite le titre de premier homme de lettres américain ?
Si, aux lointains ancêtres coloniaux, on préfère un illustre citoyen de la République, Benjamin Franklin (1706-1790), auteur de maximes morales et d'une célèbre autobiographie (bricoleur, homme de science et ambassadeur par surcroît), pourra prendre rang. Le « bonhomme Richard » fait assez bonne figure pour illustrer le provincialisme yankee, mais il manque de grandeur pour symboliser les aspirations du Nouveau Continent. On ne saurait faire naître la littérature américaine dans une arrière-boutique. Ne nous attardons pas, non plus, sur les retentissants écrits révolutionnaires de Tom Paine (1737-1809), Américain d'adoption, ou sur une pièce comme Le Contraste (The Contrast, 1787), de Royall Tyler (1757-1826), dans laquelle Jonathan, l'Américain, dit leur fait aux aristocrates du Vieux Monde, ou encore sur les Lettres d'un fermier américain (Letters from an Americain Farmer, 1782) de Crèvecœur (1735-1813), qui pose la question : « Qu'est-ce qu'un Américain ? » Jusqu'à la fin du xviiie siècle l'imagination américaine est plus politique que poétique.
Certains attendaient un poème épique, et on en écrivit de fort pesants, mais c'est en prose qu'ont été traduits pour la première fois les grands mystères du Nouveau Continent, du moins aux yeux des lecteurs modernes.
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