27. Les architectures du déconstructivisme
Au terme d'une longue carrière, Philip Johnson, l'un des promoteurs de l'expression « style international », avant de devenir à partir des années 1970 un représentant essentiel du postmodernisme, avait confirmé en 1988 son art d'anticiper et de susciter de nouveaux changements de style dans l'architecture américaine. Ainsi, en 1988, se tint au Museum of Modern Art de New York une exposition d'architecture intitulée Deconstructivist Architecture, dont les commissaires étaient Mark Wigley et Philip Johnson. Autour du concept de déconstruction librement inspiré des constructivistes russes des années 1920 et des écrits du philosophe Jacques Derrida, l'exposition rassemblait les architectes américains et européens Peter Eisenman, Rem Koolhaas, Zaha Hadid, Daniel Libeskind, Frank O. Gehry, Bernard Tschumi, Coop Himmelblau. Avec le recul, cette exposition apparaît comme annonciatrice de la tendance dominante de l'architecture aux États-Unis entre les années 1990 et le début du xxie siècle. La plupart des architectes inclus dans la présentation ont depuis lors été lauréats du prestigieux prix Pritzker en architecture, l'équivalent du prix Nobel pour la profession.
Derrière l'étiquette un peu globale de déconstructivisme se donnent à voir des pratiques architecturales diverses mais qui toutes refusent l'historicisme postmoderne et les formes fermées de l'architecture moderniste au profit de volumes prismatiques plissés et d'assemblages anguleux improbables. Cette esthétique qui privilégie les brisures et les cassures voudrait exprimer les incertitudes du monde contemporain et le sentiment de chaos qu'il engendre.
L'œuvre de Frank O. Gehry (né en 1929 à Toronto) s'est imposée par un imaginaire très personnel et par la rencontre qu'elle savait manifester entre l'architecture et certaines expressions de l'art contemporain (minimalisme, arte povera, etc.). Après les formes fragmentées mises en œuvre dans sa maison à Santa Monica (1979) et pour […]
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