Les deux expressions d'esthétique et d'analytique transcendantales désignent l'étude de l'entendement et celle de la sensibilité, saisis dans leur structure a priori, sources de toute notre connaissance des phénomènes. « Transcendantal », vieux terme scolastique, perd chez Kant son sens ontologique, réservé en principe à « transcendant », pour prendre une portée toute noétique : « J'appelle « transcendantale » toute connaissance qui, en général, ne s'occupe pas tant des objets que de notre connaissance a priori des objets » ; le mot véhicule l'essentiel de la « révolution copernicienne » qui consiste, pour le philosophe, à partir, non des objets, mais des formes a priori par lesquelles nous les constituons, ce qui le conduit à un « idéalisme transcendantal » (la connaissance sensible s'effectue selon les cadres que sont l'espace et le temps et se pense par concepts déterminés à partir des catégories de l'entendement), doublé d'un « réalisme empirique » : la connaissance — sinon la pensée — ne peut s'exercer que dans les conditions qui rendent possible l'intervention des pouvoirs de synthèse qui constituent notre esprit, c'est-à-dire quand le divers sensible, organisé dans l'espace et dans le temps, intellectualisé par l'entendement, est finalement intégré dans une expérience nôtre. Ainsi, « le domaine du transcendantal est l'expérience » et la méthode critique est une « investigation transcendantale » qui élucide les instruments de la synthèse.
L'esthétique et l'analytique étudient les deux premiers niveaux de cette synthèse, soigneusement séparés ; alors que Leibniz avait vu dans la sensibilité une pensée confuse, Kant oppose la passivité d'une sensibilité toute réceptive à la spontanéité active de la connaissance intellectuelle. Pour désigner la réceptivité des sens, il adopte le terme d'esthétique, titre d'un ouvrage célèbre de Baumgarten (1750) sur la théorie du Beau. Mais une science du Beau ne paraît pas alors possible à Kant parce que le jugement du goût n'obéit pas à des règles […]
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