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ESSAIS, Michel Eyquem de Montaigne

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2.  « Connais-toi toi-même »

L'unité des Essais réside dans la démarche originale qui fait de l'enquête philosophique le miroir de l'auteur : « C'est moi que je peins. » Quel que soit le sujet traité, le but poursuivi est la connaissance de soi, l'évaluation de son propre jugement, l'approfondissement de ses inclinations : « Dernierement que je me retiray chez moy, délibéré autant que je pourroy, ne me mesler d'autre chose que de passer en repos, et à part, ce peu qui me reste de vie : il me sembloit ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit, que de le laisser en pleine oisiveté, s'entretenir soy mesmes, et s'arrester et rasseoir en soy » (I, 8). Au-delà de ce projet sans précédent, qui nous dévoile les goûts et les opinions d'un gentilhomme périgourdin du xvie siècle, comme ses habitudes et ses manies les plus secrètes, le génie de Montaigne est d'éclairer la dimension universelle d'un tel autoportrait : dans la mesure où « chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition », la mise en œuvre du précepte socratique « Connais-toi toi-même » débouche sur une exploration vertigineuse des énigmes de notre condition, dans sa misère, sa vanité, son inconstance, sa dignité aussi.

Humaniste par son goût des lettres antiques, Montaigne l'est plus encore au sens philosophique, par sa haute idée de la personne humaine et du respect qui lui est dû. Sa pédagogie non violente, misant sur le dialogue et la curiosité, ses dénonciations courageuses du colonialisme naissant ou de la chasse aux sorcières opposent à toutes les formes de bêtise, d'asservissement, de fanatisme ou de cruauté une ouverture à l'autre et un esprit de tolérance qui font parfois de cet « honnête homme » notre contemporain. Ce relativisme justifie la relation exempte de dogmatisme que Montaigne inaugure avec son lecteur : remettant lui-même en question ses propres dires, soulignant la contingence de ses « humeurs et opinions », sujettes au « branle » et à l'universelle vicissitude (« je ne peins pas l'être, je peins le passage »), Montaigne nous laisse une œuvre ouverte, dont l'inachèvement semble une invitation à poursuivre l'enquête et le dialogue.

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