2. Le dialogue manqué avec Leibniz
L'ouvrage de Locke connut un considérable succès partout en Europe, surtout à partir de sa traduction par le Français Pierre Coste (1668-1747), protestant exilé à Londres, où elle parut en 1700. C'est cette édition qu'a connue et annotée Leibniz, auquel Coste fit même parvenir, en 1707, des additions et révisions de Locke. Leibniz avait d'abord tenté de correspondre directement, mais en vain. Le dialogue prendra alors une forme fictive, entre les représentants des thèses adverses – Théophile et Philalète – dans de Nouveaux Essais sur l'entendement humain qu'il rédige en 1703. Après la mort de Locke (1704), Leibniz se désintéresse progressivement de son manuscrit, qui ne sera publié qu'en 1765... Tels qu'ils nous sont parvenus, les Nouveaux Essais n'en demeurent pas moins l'une des expressions les plus fécondes et « détendues » (J. Brunschwig) de la pensée de leur auteur, alors pleinement en possession de son « système » et comme libéré d'avoir à suivre la profusion de son prédécesseur. Le peu d'intérêt que lui avait témoigné Locke disait plus pourtant que le refus de confronter des thèses : le philosophe anglais s'oppose explicitement à toute « physique » (science) de l'esprit pour se borner à un « essai » qui porte sur la façon de connaître. En d'autres termes, il veut ignorer toute approche essentialiste de l'entendement ; la pensée de Leibniz, au contraire, présuppose absolument une telle « essence » – ce qu'exprime la notion de monade, puis son développement en une Monadologie. « Empirisme » et « rationalisme » ne sauraient débattre terme à terme : la divergence est ici de principe.
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