5. Bilan de l'ère franquiste
Tel serait, quant au seul aspect matériel, le bilan de l'ère franquiste. Mais l'impact d'un bouleversement économique influe nécessairement sur la société environnante.
• Des équilibres sociaux bouleversés
Aujourd'hui, les formes de consommation et les comportements urbains ne diffèrent plus guère à Madrid, Barcelone, Bilbao ou Valence de ce qu'ils sont à Paris, Milan ou Bruxelles. Au-delà, cette sorte de révolution passive qui coïncide avec les deux dernières décennies franquistes touche aussi les campagnes. Elle le fait d'abord d'une manière en quelque sorte physique, par le biais d'une migration rurale qui affecte un paysan sur quatre au cours de cette période. Elle le fait, encore, en vertu des conséquences globales de l'industrialisation. D'un côté, celle-ci n'est pas sans affecter l'agriculture elle-même, qui se « modernise » considérablement. De l'autre, l'industrialisation modifie de façon fondamentale l'équilibre général non seulement de l'économie, mais plus largement de la société dans son ensemble.
Le processus de développement que l'Espagne enregistre sous le franquisme donne le primat à la société industrielle et urbaine sur la société rurale. De la sorte, il réduit la dimension du problème agraire qui, d'obstacle primordial à l'alignement social et politique du pays sur les nations voisines, rétrograde au rang d'élément parmi d'autres de la spécificité espagnole, justiciable de solutions qui ne paraissent plus impliquer de cataclysme révolutionnaire. La réforme agraire cesse de se situer au cœur du débat politique. Parallèlement, ce processus de développement nivelle dans une certaine mesure les disparités économiques régionales, crée aux côtés de la Catalogne et du Pays basque d'autres pôles industriels parfois plus dynamiques et plus prospères que ces dernières provinces ; ainsi à Madrid, Saragosse ou Valence. La revendication autonomiste ne disparaît pas pour autant, mais elle se pose désormais en d'autres termes, plus nettement politiques et culturels.
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