Alors que l'elle apparaissait encore en 1975 très en retard par rapport aux autres pays européens, marquée par les séquelles de la guerre civile (1936-1939) et les années d'autarcie qui ont suivi, l'Espagne depuis lors a connu une évolution impressionnante : elle s'est démocratisée, elle est devenue un membre qui compte au sein de l'Europe communautaire et plus tard de la zone euro. Jugée avec condescendance jusqu'au début des années 1990 comme un pays du « Club Med », l'Espagne a ensuite été vantée pour ses performances économiques et l'assainissement de ses finances publiques, avant d'être à nouveau la cible des marchés financiers, à la suite de la crise financière de 2008 et de l'éclatement de la bulle immobilière qui ont rapidement détérioré les comptes publics. L'économie espagnole doit désormais trouver de nouveaux ressorts pour poursuivre son rattrapage.
1. Un processus tardif de convergence
À partir de 1939, l'instauration du régime franquiste se traduit par un fort repli isolationniste de l'Espagne, avec pour corollaire la recherche d'une croissance autosuffisante : les importations sont rationnées, tout comme les flux d'investissements étrangers. Après la Seconde Guerre mondiale, l'Espagne est exclue du plan Marshall et reste à l'écart du développement technologique que connaissent alors la plupart des pays européens, et donc du relatif rattrapage de ces pays vis-à-vis des États-Unis. L'État espagnol intervient dans tous les domaines, avec en particulier le contrôle des salaires et des prix d'un certain nombre de produits. Les barrières tarifaires conduisent à des prix des importations extrêmement élevés, contribuant à une persistance de l'inflation. C'est le cas notamment dans le secteur des biens d'équipement, ce qui limite l'investissement des entreprises. La croissance, faible durant les années 1940, s'accélère cependant dans les années 1950, avec une ouverture progressive de l'économie. Mais c'est véritablement le plan de stabilisation de 1959 qui met fin […]
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