2. Esthétique
Le problème de l'espace n'aura été longtemps pour l'Occident que celui de la représentation de l'espace. Et la confusion perdure chez plus d'un théoricien. Or des civilisations qui parfois même ne disposent d'aucun mot pour désigner le milieu à trois dimensions où s'ordonnent les objets font preuve d'un sens étonnant de l'espace selon une acception que l'Occident, à leur contact, est amené à redécouvrir, et vers laquelle, du reste, le conduisait sa propre évolution. À peine conclu, en effet, l'immense effort aboutissant à inventer la perspective, les plus grands peintres s'en désintéressent. Vinci spécule sur la possibilité d'une perspective courbe, Michel-Ange peint son Jugement dernier sur fond plat, comme Titien le fait pour ses derniers portraits. Et l'horizon, que Patinir et Bruegel auront porté sans doute à l'éloignement extrême, amorce aussitôt son reflux. Il est déjà plus proche chez Rembrandt ou Vermeer ; plus proche encore chez Watteau ou Chardin, et si voisin du contact au moment de l'impressionnisme qu'il ne permet plus qu'une perception brouillée du réel. Encore un rapprochement, et le spectacle vient à coïncidence avec la toile pour aussitôt la franchir, saillir en avant d'elle, au moment exact où le peintre crève la paroi de l'objet, qu'il peut enfin, lui semble-t-il, appréhender du dedans. Le cubisme, qui marque cette étape, met fin au problème de la représentation de l'espace. Toute distance résorbée, la toile ne peut plus être une intersection arbitrairement pratiquée dans la pyramide visuelle, comme le voulait Alberti. Elle n'est plus la « fenêtre » derrière quoi s'étendait le monde objectif, ou l'écran sur quoi il se projetait en même temps que cet écran nous séparait de lui et le posait comme monde à distance, uniquement accessible comme visibilité.
Mais, au terme de cette évolution, l'espace ne nous est pas simplement plus proche, il a changé de sens. Rien ne l'indique mieux que ces paroles de Cézanne : « Longtemps je suis resté sans pouvoir peindre la Sainte-Victoire
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