4. L'art d'Eschyle
Le mode d'expression adopté par Eschyle correspond admirablement aux tendances de sa pensée. Cette expression a une grandeur qui est à la mesure des sujets qu'il entend traiter ; elle concilie, elle aussi, en une tension intérieure pleine de force, l'angoisse et l'ordre.
La structure même des pièces impose cette idée d'ordre. Car elle est ample et simple.
La tragédie, à l'origine, n'utilisait qu'un personnage, qui dialoguait avec le chœur. Il n'y avait pour ainsi dire pas d'action. Puis, le progrès aidant, il y eut deux acteurs, et bientôt trois. Par contrecoup, l'action devenant plus complexe, la part du chœur diminua, les parties lyriques perdirent de leur ampleur. À la limite, chez Euripide, tandis que se développe un véritable théâtre d'intrigue, ces chants deviennent comme des hors-d'œuvre, presque indépendants de l'action.
Chez Eschyle, l'action est encore simple, presque statique. Un seul événement remplit une tragédie. On le voit monter, approcher, éclater, puis se prolonger en de longs commentaires endeuillés. Certaines scènes ne comportent aucun contenu dramatique : ainsi la longue évocation des boucliers des sept chefs, dans Les Sept contre Thèbes, qui occupe quelque trois cents vers. Et il arrive que ce caractère statique s'étende à un pièce entière : dans le Prométhée enchaîné, le héros est, d'un bout à l'autre, cloué sur son rocher et condamné à l'impuissance.
Mais, si chaque tragédie est ainsi consacrée à un événement unique, la pensée d'Eschyle est trop ample pour s'enfermer facilement en un tel cadre : aussi a-t-il, en règle générale, groupé les trois tragédies que l'on présentait au concours annuel en des trilogies. Là, le poids du passé et le sens de l'ensemble s'inscrivent en toute clarté.
Cette signification ainsi inscrite dans la structure même de l'œuvre est, d'ailleurs, mise en relief par les commentaires du chœur qui garde, chez Eschyle, une place prépondérante. Incapable d'agir lui-même, il reflète l'action en une méditation angoissée. E […]
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