3. Résurrection et fin des temps : zoroastrisme, judaïsme, islam
Le modèle eschatologique le plus ancien, et longtemps le plus répandu sur la terre, avait partie liée avec l'idée de résurrection. Il supposait un univers stable, partagé symétriquement entre un « ici-bas » et un « là-bas » (plutôt qu'un « au-delà ») entre lesquels les âmes – ou les doubles – circulaient pour ainsi dire librement. En plaçant entre ces deux parties de l'univers une barrière infranchissable dans le sens du retour, les civilisations du Proche-Orient ancien ont rendu impossible cette circulation des âmes, pourtant porteuse d'équilibre et d'harmonie. La nécessité s'est alors fait sentir de surmonter le caractère en apparence définitif de cette rupture et, pour cela, d'admettre que cet univers coupé en deux n'était pas destiné à subsister indéfiniment. Le retour individuel des doubles, devenu impraticable, devait céder la place au mythe d'un grand retour collectif des morts, rendu possible par un bouleversement radical de l'ordonnance présente du cosmos. Ainsi se fait jour l'idée d'une résurrection de la chair liée à une restauration ou plutôt à une transfiguration de l'univers, elle-même précédée d'un cataclysme universel. Cela impliquait la substitution au temps cyclique des réincarnations d'un temps orienté, non réversible, destiné à s'achever pour avoir eu un commencement. En découlait également la notion d'une histoire du salut identifiée au destin collectif de l'humanité : un destin à la fois modelé sur celui de l'individu, déroulé en parallèle avec lui et destiné à l'englober à la fin des temps. Cette révolution spirituelle apparaît avec la religion de l'Iran ancien (zoroastrisme et mazdéisme) d'une part, avec les religions de la « famille abrahamique » (judaïsme, christianisme, islam), d'autre part.
Le zoroastrisme – surtout dans sa forme tardive, où il prend le nom de mazdéisme – s'efforce tant bien que mal d'ajuster l'une à l'autre une doctrine du jugement individuel dans l'au-delà et une doctrine de la fin du […]
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