4. Les institutions totalitaires
Dans Asylums, Goffman livre à son lecteur une remarquable description de la condition asilaire du point de vue des internés et de leur cadre de référence. Cette description prosaïque de leur existence quotidienne est constamment rapportée aux contraintes objectives de l'institution hospitalière. La « sous-culture » des détenus est sécrétée par leur position dans une organisation spécifique que Goffman appelle totalitaire (total) puisque, comme les prisons, les casernes ou les couvents, elle prétend prendre en charge la totalité de l'existence de ses membres et provoque de ce fait toute une gamme de réactions, parmi lesquelles des adaptations secondaires qu'il définit comme « toute disposition permettant à l'individu de parvenir à des fins illicites et de tourner les prétentions de l'organisation relatives à ce qu'il devrait faire ». Ces « sur-adaptés » s'écartent du rôle et du personnage que l'institution leur assigne naturellement au moyen de techniques de distanciation qui sont des manières de « préserver une partie de soi de l'emprise de l'organisation », de marquer, pour les personnes concernées, la différence entre « ce qu'elles sont vraiment et ce que les autres voudraient qu'elles soient ».
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