5. Conception épistémologique de l'erreur
L'erreur est plus facile à cerner que la vérité, car elle porte sur des écarts finis, sur des différences, sur des états successifs d'une science ou sur les approches d'un même problème ; en revanche, la conception scolastique de la vérité comme « accord de la pensée et du réel », prise au pied de la lettre, impliquerait la comparaison de notre savoir actuel avec un réel qui, justement, n'est pas accessible d'un seul vol et absolument. Nous avons besoin, pour le saisir, de ces vues provisoires et précaires que la science nous fournit. Nous pouvons regarder l'évolution des théories, ou comparer entre elles celles qui se rapportent à un même domaine et juger que l'une est plus simple, plus puissante, et plus satisfaisante que l'autre. Il n'est pas nécessaire, pour porter de tels jugements, de disposer d'une norme idéale du vrai ni de rêver d'une science achevée et parfaite. En un mot, une théorie épistémologique et différentielle de l'erreur n'a nul besoin, pour être opératoire, d'une conception métaphysique et intégrale de la vérité. Il est toutefois exact que, lorsque nous rectifions nos erreurs, nous ne savons pas de combien nous nous rapprochons, par là même, de la vérité.
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