3. Érotisme et cinéma
Plus que la peinture et la sculpture, plus même que le théâtre et la danse, l'image cinématographique est prise du corps, offert et saisi perpétuellement dans la variété des cadrages, des distances, des éclairages. La caméra ne se contente pas d'éveiller des phantasmes, encore que ses ressources symboliques et allusives égalent son pouvoir de représentation directe ; elle fait de nous des voyeurs et des contemplateurs, des confidents et des complices : tout regard qui s'offre ou voit s'offrir, qui conquiert ou appelle la conquête, est multiplié par les regards des spectateurs ; tout baiser, au cinéma, devient collectif. « Épuise tout le champ du possible érotique », tel pourrait être le commandement de la « Dixième Muse ».
Mais le cinéma est une industrie en même temps qu'un art. Il exploite doublement l'érotisme ; d'une part, il le rend obligatoire : un film sans femme, sans chair, sans « sexe », déclaré anticommercial par les producteurs, n'est réalisé que bien difficilement ; d'autre part, pour ne pas choquer, ou ne le faire qu'à coup sûr, sans provoquer les ciseaux des censeurs, il rend inoffensif, sinon anodin, l'érotisme qu'il a généralisé. Pas plus que les films d'épouvante ne font fuir les spectateurs, les films érotiques ne provoquent de bacchanales. Le cinéma domestique l'érotisme autant qu'il le systématise ; érotisme plus intensif qu'intense.
Quoi de plus significatif de ce double mouvement d'érotisation et d'aseptisation que les bandes publicitaires ? Pas une d'elles qui ne se lie et ne s'allie, de façon explicite ou floue, à un émoi sensuel, qui n'évoque, pour le bien et l'honneur de tel produit de consommation, un chatouillement épidermique, une satisfaction physique : visages comblés, yeux chavirés, voix extasiées. Slips et collants, savons et dentifrices, tous prétextes sont bons pour multiplier bains, baisers, nudités montrées et dérobées complaisamment, mais aussi plaisamment, car la minceur et la monotonie des « sujets » entraînent une c […]
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