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STADLER ERNST (1883-1914)

On entre, avec Ernst Stadler, de plain-pied dans l'expressionnisme. Pourtant, cet étudiant d'Oxford, ce professeur aux universités de Bruxelles et de Strasbourg fait figure de marginal aux yeux des autres expressionnistes. Né à Colmar, il se sentait vivement lié au mouvement intellectuel alsacien et fut toujours porté vers les idées nouvelles. Stadler était, en effet, un intellectuel qui appliquait sciemment les recettes nouvelles et se portait aussitôt aux formules extrêmes.

Pendant ses années d'études, il fonda, avec René Schikelé, l'éphémère revue Der Stürmer. Traducteur de Francis Jammes et de Péguy, d'Henri de Régnier et de Balzac, il fut toujours convaincu de sa mission de médiation entre la culture allemande et la culture française. Ses premiers poèmes qu'il publie dans un recueil, Präludien, en 1904, sont très fortement influencés par Arno Hotz, plus que par Stefan George ou Hofmannsthal. Sa pensée est, elle, nettement nietzschéenne. Stadler interrompit ensuite pendant sept ans sa production poétique. Puis, lorsque dans les premiers mois de 1913, il publie Der Aufbruch, c'est un tout autre poète qui se révèle. Déjà dans le titre L'Explosion s'exprimait le messianisme expressionniste : c'était le « départ » pour un monde meilleur, qu'animerait une « fraternité humaine » (Mitmenschentum) vaguement franciscaine. Stadler prend à son compte la parole d'Angelus Silesius, qui devient vite une des devises du mouvement nouveau : « Homme, deviens essentiel ! » (Mensch, werde wesentlich). Il dénonce la forme, qu'il appliquait naguère avec une stricte rigueur, comme une vaine volupté, qui endort dans une « divine suffisance ». Le poète veut « retourner la glèbe », se « prodiguer aux obscurs et aux pauvres ». Désormais, Stadler use de vers très longs et non rimés, dans lesquels, souvent, le ton et le mouvement poétiques se perdent. Il y supplée par une surabondance d'images directes et crues. Le poète, comme Rilke l'avait déjà enseigné, ne doit fermer les yeux devant aucun des spectacles du monde. Stadler décrit un asile de fous (« dans les salles nues résonne le choral du néant ») ou bien les villes tentaculaires, à l'imitation de Georg Heym : le quartier juif de Londres, où les ruelles béantes sont « des cicatrices ouvertes dans la chair nue des maisons ». Cologne, la nuit, vue du train, ressemble à une galerie de mine, où l'on pense pénétrer « dans les entrailles de la nuit ». Dans ce poème déjà les phrases sont coupées, la fin est la suivante : « de la bénédiction. Fête de procréation. Volupté. Prière. La mer. La mort. »

Peut-être y a-t-il dans ces violences plus de rhétorique, « d'application » d'une théorie, que de poésie. On devine même souvent derrière les audaces verbales le cliché le plus plat (« le vaisseau de ma vie va briser sur le mont aimanté d'un destin déréglé »). Mais Stadler est mort à trente ans. À Ypres, le 9 octobre 1914, un obus le mettait en pièces.

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EXPRESSIONNISME

Écrit par :  Jérôme BINDÉLotte H. EISNERLionel RICHARD

Dans le chapitre "Le sens d'une dénomination"  : …  1914, dans un article, l'un des représentants les plus marquants du renouveau poétique, l'Alsacien *Ernst Stadler, regrette qu'on en abuse, et à mauvais escient. Il ne conteste pas, toutefois, que sa divulgation corresponde à un changement dans les conceptions littéraires. Deux ans plus tard, à l'occasion d'un compte rendu sur Der ewige TagLire la suite

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