4. La période suisse
Au début de son installation en Suisse, il peint de nombreux autoportraits, forme d'interrogation sur lui-même qui est un exutoire à son angoisse. Ensuite, bien que tenté par l'abstraction et une création purement imaginative, il revient aux tableaux de paysages. Mais il tire ses sujets du nouvel univers qui l'environne : les Alpes et leurs habitants. La montagne, avec ses forêts, sa neige, ses bergers, ses cimetières. L'une de ses dernières toiles, Paysage des Grisons avec rayon de soleil (1937, coll. part.), est une composition toute en masses colorées qui semble rendre hommage à l'omnipotence de la nature et à la paisible harmonie dont elle est la source.
C'est dans son chalet suisse qu'il se tire une balle dans le cœur le 15 juin 1938, désespéré par la politique du gouvernement de Hitler qui, un an auparavant, a classé son œuvre dans l'« art dégénéré ». Plus de 500 de ses dessins, sculptures et tableaux sont exclus des musées allemands, détruits ou vendus à l'étranger.
L'apport de Kirchner est trop souvent limité aux années antérieures à 1914, ce qui le réduit à sa fonction d'animateur de Die Brücke et à l'apport décisif de ce groupe dans le développement de l'expressionnisme allemand. La diversité d'inspiration et, même si elle est beaucoup moins affirmée, de style, caractérise pourtant son œuvre. Il est mal fondé de le considérer seulement comme un peintre, alors qu'il a été, avec originalité, un dessinateur, un graveur, un sculpteur et un illustrateur. Cela avec des constantes : le monopole du « vécu » dans le choix des sujets, une audace expressive des couleurs, une stylisation des formes.
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