2. Une carrière exemplaire
Lubitsch fait ses débuts au théâtre en 1911, dans la troupe de Max Reinhardt, le Kammerspiele. Il joue son premier rôle au cinéma en 1913 et devient vite un acteur populaire. La guerre arrête cette ascension. « J'étais typé et personne n'écrivit de rôle qui pût me convenir. » Désormais, Lubitsch écrira donc ses propres rôles. C'est ainsi qu'à vingt-deux ans, à l'automne de 1914, il deviendra réalisateur.
Il faut déjà remarquer chez lui ce sens de l'adaptation, cette souplesse qui vont lui permettre de conduire une carrière exemplaire à travers des circonstances particulièrement hostiles (deux guerres, l'exil aux États-Unis). Lubitsch a toujours su retourner les obstacles et profiter de ce qui aurait dû le défaire. Ainsi, entre 1914 et 1922, dans la période la plus sombre de l'histoire de son pays, il réalise une ascension fulgurante. Non seulement il échappe à la guerre, mais il s'en sert : le succès triomphal de Madame Du Barry, en 1919, lui ouvre les portes de l'Amérique. Prudent, il reste à Berlin, consolide sa position, se fait désirer avant d'aller cueillir à New York les fruits de la renommée. En pleine crise économique, il tourne à Berlin des superproductions historiques (Anne Boleyn, La Femme du pharaon). Enfin, Mary Pickford l'invite à venir faire un film pour elle à Hollywood. En décembre 1922 commence la période américaine de Lubitsch, qui comprend dix films muets et dix-neuf films parlants.
Il a alors trente ans et vient d'épouser la comédienne Hélène Kraus. Ils se sépareront en 1930. De son second mariage – avec Vivian Gaye en 1935 – il aura une fille, Nicola, en 1938. Nouveau divorce en 1943. Lubitsch meurt quatre ans après, à cinquante-cinq ans. Dans ses films, les couples se font et se défont, avec une fin plus ou moins heureuse. Dans sa vie, Ernst Lubitsch semble avoir trouvé le bonheur en travaillant, comme François Truffaut, jusqu'à la limite de ses forces.
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