4. Le monde hiéroglyphique
Quant à l'art perfectionniste de Jünger, il est aux antipodes de l'écriture automatique. Dans cet âge où il lit le retrait de Dieu – même s'il fait, à la fin de sa vie, les démarches nécessaires en Allemagne pour se déclarer catholique –, la langue reste pour lui l'un des rares moyens d'accéder au sacré : l'univers apparaît comme un miroir, lui aussi fait de signes, de hiéroglyphes à déchiffrer. La foi absolue en une harmonie cachée dont les fragments nous sont livrés sous forme d'une mosaïque éparpillée se traduit par une application minutieuse à la description de l'objet, une vision distanciée mais précise comme celle que procure le microscope ou la longue-vue. Chez ce grand chasseur d'insectes, l'écriture prend parfois un aspect brillant et glacé comme un instrument d'entomologiste, lorsqu'elle n'atteint pas à la précision visionnaire de l'hallucination.
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