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RENAN ERNEST (1823-1892)

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3.  Le jeu des antinomies et l'humanisme renanien

La prudence qui incitait Renan à juxtaposer les hypothèses explicatives l'a fait passer pour un dilettante. Reproche injustifié, car la valeur de ses travaux historiques est due largement à la philosophie critique de la nature et de l'humanité qui les soutient. Sa pensée présente une unité qu'un fait suffit à prouver : il publia en 1890 L'Avenir de la science, écrit dans l'enthousiasme au printemps de 1849, et put affirmer en préface qu'au fond il n'avait guère changé. Cet essai prolixe, nourri de Cousin, de Herder et de Hegel, assigne à la science, dans le monde moderne, la grandeur d'une religion nouvelle capable d'organiser rationnellement l'humanité. 

Cette métaphysique idéaliste, qui substitue la catégorie du devenir à celle de l'être, ne cessa de nourrir la réflexion de Renan, comme le montre sa lettre à Berthelot (1863) : il y conçoit la matière comme animée d'un nisus qui la pousse à sortir du chaos, à s'élever par étapes, jusqu'à l'apparition de l'humanité qui donne à l'Univers la conscience et l'exemple d'une cause libre. Cette création continue se résume par le mot « Dieu ». Dieu n'est pas, mais il devient, à travers et par le progrès de l'humanité, progrès qu'achèvera le triomphe de l'esprit sur la matière. En 1871, alors que la guerre et la Commune semblaient infirmer son optimisme, Renan reprit ces méditations en Dialogues philosophiques, forme qui lui plaisait, car elle lui permettait de laisser converser entre eux « les lobes de son cerveau » et de présenter sans dogmatisme les diverses faces des problèmes métaphysiques. Les interlocuteurs des Dialogues philosophiques sont d'assez froides abstractions : dans les Drames philosophiques, Renan donna de la vie à ses idées en les incarnant dans des personnages symboliques et en développa les aspects moraux et sociaux. Caliban (1878) et l'Eau de Jouvence (1880) traitent de l'aristocratie du savoir aux prises avec la brutalité démocratique. Le Prêtre de Némi (1885) évoque l'antinomie entre l'esprit, qui cherche à épurer les croyances, et la masse, aveuglément attachée à ses traditions. L'Abbesse de Jouarre (1886) donne une grave méditation sur le rôle de l'amour dans la réalisation de l'être idéal. Ainsi, chez Renan, la réflexion du moraliste vient-elle donner un sens profondément humain à son œuvre de savant et d'historien.

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