
Né à Winsford, dans le Somerset, fils d'un journalier, Ernest Bevin assure sa formation lui-même et devient militant syndicaliste. En 1910, il est placé à la tête du Syndicat des dockers, puis il fonde le Syndicat des transports et des travailleurs dont il devient le secrétaire général. S'il s'illustre dans la défense de la grève des dockers en 1920, il est en partie responsable de l'état d'impréparation dans lequel le Trade Union Congress aborde la grève générale de 1926. Bien qu'appartenant à l'aile modérée du syndicalisme, il dénonce l'inaction de MacDonald au début de la grande crise de 1929 et réclame un vigoureux effort expansionniste. À partir de 1931, au sein même du T.U.C., dont il devient secrétaire général en 1937, il joue un rôle important dans la redéfinition du programme travailliste et dans l'orientation moins pacifiste du parti en 1937-1938. En mai 1940, il est nommé, par Winston Churchill, ministre du Travail du gouvernement d'union nationale, et joue un rôle essentiel dans la mobilisation civile de la Grande-Bretagne. Tout en garantissant la paix sociale par de multiples mesures de justice, il dirige une véritable « armée » de quinze millions de travailleurs. Nommé ministre des Affaires étrangères dans le cabinet travailliste dirigé par Attlee (1945), il conservera ce poste pendant près de six années. Avec son Premier ministre, il est le véritable artisan de la nouvelle politique étrangère de son pays : renonçant à l'isolement et au principe du refus de l'alliance en temps de paix, le gouvernement britannique accepte de conclure des pactes militaires avec la France en 1947, avec le Benelux en 1948 et pousse le président Truman à promouvoir une grande alliance atlantique. Apôtre des « liens spéciaux » américano-britanniques, Bevin contribue à créer une tradition durable de fidélité absolue envers les États-Unis, qu'il espère ainsi influencer ; confiant dans le rôle mondial du Royaume-Uni, il a toujours refusé toute intégration européenne, mais a caressé l'idée d'un leadership britannique au sein d'une Europe confédérée. Il favorise la réconciliation franco-allemande, nécessaire à l'équilibre européen, et finit en 1950 par céder à la pression américaine en faveur d'un réarmement de l'Allemagne ; par contre, sa méfiance envers l'Union soviétique ne s'est jamais démentie. D'autre part, conscient de l'importance de préserver des liens amicaux avec des peuples autrefois colonisés, il s'est rallié en 1949 à l'organisation d'un nouveau « Commonwealth des nations ». Figure controversée du Labour Party, il est à la fin de sa vie l'un des chefs de son aile révisionniste, un adversaire virulent des « intellectuels » et des « neutralistes » et le grand ennemi d'Aneurin Bevan. Le « nouveau cours » de la politique étrangère défini par Bevin sera accepté par les conservateurs et aura ainsi réalisé un large consensus national.
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