3. Un ascète pudique
Satie considère la pratique de son art comme une ascèse quasi religieuse. Il est, et sera, pour les musiciens et artistes sur qui il aura exercé son influence, un ardent prosélyte de l'art pour l'art. Peu à peu, son style musical s'épure, il dédaigne et méprise l'effet. Dans une attitude de renoncement et d'intériorité contemplative, il écrit une Messe des pauvres (1895). Il semble avoir lui-même fait vœu de pauvreté, car il pratique un désintéressement si profond qu'on dirait qu'il a choisi plutôt que subi cet état de dénuement qu'il connut souvent. La Messe des pauvres est une œuvre de rupture. Non seulement il s'est séparé, d'une manière fracassante, du sār aussi bien que de ses amis du Chat-Noir, mais il a également renoncé aux chatoyantes couleurs harmoniques pour adopter un style dans lequel les lignes sont d'une rare simplicité et où un hiératisme presque immobile rappelle les chants liturgiques (modaux) qu'il admirait. Dès lors, Satie, ayant rompu toute attache avec Montmartre, s'installe à Arcueil où il habite jusqu'à sa mort, dans une maison où personne ne pénétrait jamais. En 1905, il avait eu le courage d'entrer à la Schola cantorum, de redevenir un élève, celui de Vincent d'Indy d'abord, puis d'Albert Roussel. La discipline du contrepoint à laquelle il se consacre convient au caractère d'ascétisme qui est, dorénavant, celui de sa musique.
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