Né à Vienne de parents juifs, Erich Fried a dû quitter l'Autriche après l'Anschluss en 1938. Établi en Angleterre, d'abord comme travailleur occasionnel, puis comme collaborateur de la B.B.C., il devient un remarquable traducteur de Dylan Thomas, de T. S. Eliot et surtout de Shakespeare. Au centre de sa propre œuvre, il y aura, du début (avec les recueils de poèmes Allemagne, 1944, et Autriche, 1945) jusqu'à la fin (Ne pas refouler... Textes sur l'Autriche et Contre l'oubli, 1987), une seule préoccupation : la lutte au nom des droits de l'homme contre toutes les formes d'injustice, de violence et de discrimination raciale et sexuelle. Erich Fried est un poète politique doublé d'un pédagogue acharné. Ce qu'il avait formulé en 1944 à l'adresse des nationaux-socialistes – « Vous nous avez appris à haïr, c'est pour cela que je vous accuse » – restera son programme poétique, politique et pédagogique. Dans les dernières années, il s'était même lié avec le « docteur de l'âme autrichienne », le psychanalyste Erwin Ringel, et le sculpteur Alfred Hrdlicka, le créateur du « cheval de Waldheim » et du monument antifasciste de Vienne, pour dénoncer la résurgence de la violence et de l'intolérance en Autriche.
Sans renoncer à son statut de « poète sans patrie/frontière », Erich Fried est revenu en Autriche et en R.F.A. pour y jouer un rôle étonnant : depuis le milieu des années 1960, notamment après la publication de son violent réquisitoire poétique contre la guerre du Vietnam (Et Vietnam et, 1966), il a sillonné les deux pays en participant à d'innombrables manifestations politiques et en récitant ses poèmes en public. Sa vocation pédagogique l'a poussé à se rendre dans d'obscures auberges autrichiennes pour y affronter sur leur terrain d'anciens nazis. « Tu les as reconnus à leurs paroles ; avec leurs paroles tu les as frappés », disait-il de son maître Karl Kraus. Mais, faudrait-il ajouter, « ils n'ont rien voulu entendre ni comprendre ». En revanche, Erich Fried a su convaincre un public nombreux et souvent j […]
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