2. Les « Comédies et proverbes »
C'est donc tout naturellement qu'en 1981 Rohmer inaugure, avec La Femme de l'aviateur, un nouveau cycle, les « Comédies et proverbes », fondé sur la théâtralité, qui s'achèvera avec le sixième film, L'Ami de mon amie (1986). Alors que le narrateur des « Contes » s'affrontait à lui-même, les protagonistes des « Comédies » projettent une certaine image et d'eux-mêmes et de l'autre. Le mensonge, l'illusion, l'erreur d'interprétation deviennent les principaux ressorts dramatiques, chacun pouvant ainsi se tromper sur la réalité de son désir comme sur son objet. L'héroïne du Beau Mariage (1982) décide de se marier, se persuade qu'elle aime un homme et que celui-ci l'aime sans le savoir encore. Le proverbe mis en exergue du film comme de chacune des « Comédies », ici emprunté à Jean de La Fontaine, pourrait résumer l'esprit de la série entière : « Quel esprit ne bat la campagne/Qui ne fait châteaux en Espagne ? » Pauline à la plage (1982), Les Nuits de la pleine lune (1984) et Le Rayon vert (1986) sont ainsi à la fois d'authentiques comédies et de véritables tragédies de l'imagination. Les personnages, fraîchement sortis de l'adolescence, situés socialement, ne se réfèrent plus à des normes éthiques ou religieuses absolues comme ceux des « Contes », mais tentent d'accorder leurs aspirations à des modèles sociaux transitoires et contingents, réels ou imaginaires. Il en résulte un regard de plus en plus critique sur la modernité – mœurs, mode ou architecture – dont les personnages, et plus particulièrement les femmes, font parfois cruellement les frais, comme l'héroïne des Nuits de la pleine lune.
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