5. L'exil et la préparation à la mort
L'année 1529 à Bâle s'annonce difficile pour les tenants de l'Église traditionnelle. Érasme subit des pressions de la part des réformés de plus en plus nombreux. Des troubles se produisent visant même le culte catholique, mais le Conseil de la ville se montre modéré dans ses tentatives de réforme. Œcolampade, ancien collaborateur et disciple d'Érasme, est devenu l'apôtre de la doctrine nouvelle. Le vieil évêque, Christophe d'Utenheim, est mort. On ferme des couvents ; on fait disparaître les images saintes des églises ; le chapitre de la cathédrale émigre à Fribourg-en-Brisgau. C'est dans cette ville catholique d'Allemagne, cité d'Empire, située sur l'autre rive du Rhin, à quelques lieues de Bâle, qu'Érasme finit par se rendre lui-même le 13 avril 1529. Il s'installe en grande pompe dans la maison « Zum Walfisch », qui avait été construite jadis pour l'empereur Maximilien. Tout en gardant des liens privilégiés avec ses amis de Bâle, la familia des Froben et celle des Amerbach, il entretient une abondante correspondance avec les plus grands personnages de l'Europe et néanmoins travaille fiévreusement à une nouvelle édition de Chrysostome et de Cyprien, révise les Colloques, complète encore les Adages.
Quelque chose a changé en lui. Il rédige une nouvelle version de son testament, organise avec Froben la présentation de ses Opera omnia (qui paraîtront en 1540, après sa mort, introduits par Beatus Rhenanus). Bien que ses ennemis ne désarment point et que son rêve de réunification de l'Église paraisse dès lors tout à fait chimérique, il semble las de lutter. Il songe à la mort et, voulant rester un loyal serviteur de son Église, il se soucie d'en approfondir les dogmes plutôt que d'en dénoncer les abus. Les ouvrages de piété et de propagande religieuse qu'il écrira au cours des cinq années passées à Fribourg indiquent bien son dessein : un essai sur la Concorde de l'Église ; un traité de pastorale ; l'Ecclesiastes (ou l'art du prédicateur), fruit de sa sc […]
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