6. Équilibre partiel et équilibre général
Jusqu'à présent, on s'est situé dans le cas le plus général, celui où on suppose qu'il existe plusieurs biens, qui peuvent plus ou moins être substitués les uns aux autres dans la consommation et, bien plus rarement, dans la production. On a donc adopté un point de vue d'équilibre général – le mot « général » désignant le fait que tous les biens et toutes les interdépendances de l'activité économique sont pris en compte, simultanément (Gérard Debreu, Théorie de la valeur, 1959). Une telle approche ne permet pas, cependant, d'aller très loin – en raison de la complexité des interactions des décisions, dès lors qu'elles sont le fait de plusieurs individus (ou entités). Même dans le cadre le plus simple possible, celui de la concurrence parfaite, les interdépendances sont telles qu'on ne peut établir de propriétés générales pour les équilibres – concernant leur stabilité, mais aussi dans une perspective de statique comparative. En fait, dès qu'on sort quelque peu du cadre de la concurrence parfaite, l'existence même de l'équilibre devient problématique.
Pour toutes ces raisons, l'habitude a été prise, en théorie économique, d'adopter un point de vue dit « d'équilibre partiel », qui consiste à ne considérer que les échanges ayant trait à un seul bien, en négligeant ce qui se passe avec les autres biens – on dit qu'on suppose « toutes choses égales par ailleurs » (ceteris paribus). Une telle façon de faire est évidemment contestable, et contestée, puisqu'elle revient à ne pas tenir compte du fait que, lorsque le prix d'un bien varie, relativement au prix des autres biens, cela a un effet sur la demande de ce bien mais aussi sur celle de certains autres biens (auxquels il peut être substitué), ainsi qu'un effet sur le revenu des fournisseurs de ce bien – autrement dit, et en toute rigueur, les choses ne peuvent pas demeurer « égales par ailleurs ». En outre, et surtout, l'approche par l'équilibre partiel ne découle pas directement des choix des […]
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