1. Pourquoi accorder de l'importance aux équilibres ?
Les équilibres jouent un rôle central dans toutes les théories économiques, et cela pour une raison fort simple : les situations hors équilibre étant, par définition, fugaces, il est difficile, sinon impossible, de les caractériser. En outre, la nature passagère de telles situations limite l'intérêt de leur étude : pourquoi s'acharner à étudier des états dont on sait qu'ils vont rapidement disparaître ? Il est vrai, cependant, que le monde dans lequel nous vivons est en perpétuel mouvement – quel qu'en soit l'aspect envisagé – et ne comporte pas à proprement parler d'équilibres, au sens strict. Ceux-ci ne sont donc définis que dans le cadre d'une théorie, par essence simplificatrice : c'est parce qu'un certain nombre de phénomènes sont négligés qu'on peut envisager des situations ayant une certaine permanence – le rôle du théoricien étant de choisir entre ce qu'il considère comme important et ce qu'il néglige.
Une autre raison qui plaide en faveur des équilibres, en tant que situation privilégiée par le théoricien, est que l'idée d'état permanent – à l'origine de la notion d'équilibre – peut être prise dans un sens plus large que la seule absence de mouvement. Si, par exemple, l'ensemble des variables d'un modèle (tels les prix ou les quantités produites de biens) évoluent de façon régulière – elles augmentent à un taux constant ou elles ont une trajectoire cyclique avec une période et une amplitude constantes –, on peut alors considérer que ces évolutions sont d'« équilibre », même si les valeurs qu'elles prennent varient dans le temps (de la même façon qu'on peut considérer l'orbite de la Terre autour du Soleil comme une trajectoire d'équilibre, bien que ni la Terre ni le Soleil ne soient immobiles). Ce qui est d'équilibre, ou permanent, dans le cas présent, ce ne sont pas les valeurs prises par ces variables, mais leurs trajectoires (sur un plan mathématique, l'équilibre est caractérisé par un vecteur de fonctions, et non […]
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