La définition courante, « lettre en vers », marque bien la distance qui s'est creusée entre le mot et ses dérivés, épistolaire et épistolier, liés habituellement à la lettre en prose. Les limites du genre n'en restent pas moins très flottantes. Le message confié à l'épître, qu'il soit fictif ou réel, peut aller de l'invitation à boire à la méditation abstruse. Les formes poétiques aptes à le recevoir varient dans une mesure presque équivalente. Chez le fondateur même de l'épître classique, Horace, bien des odes saluent nommément un destinataire. Marot classe une même pièce, selon les éditions, parmi les épîtres ou parmi les épigrammes. L'élégie prête à une confusion déjà notable chez Ovide. Laudun d'Aigaliers, en 1597, ne la distingue pas de l'épître ; Pope non plus. Enfin, la satire pose de même une question de frontière. Scarron risque le titre d'« épître chagrine, ou satire ». Boileau, qui a pourtant observé une distinction assez nette entre l'âpreté de ses satires et le ton « honnête homme » de ses épîtres, esquive le débat théorique en éliminant l'épître de son Art poétique.
Lettre en vers, l'épître établit en un point variable un équilibre entre la familiar […]
