3. Logique et ontologie
Pour toute une école qui prend son inspiration dans l'invention de la logique contemporaine par Gottlob Frege (1848-1925) et Bertrand Russell (1872-1970), et l'entreprise qui fut la leur d'une nouvelle philosophie exacte suivant les rails de cette logique, le problème de l'épistémologie de la mathématique est jusqu'à nouvel ordre circonscrit par le célèbre dilemme de Benacerraf. Celui-ci se formule à peu près comme suit. Nous ne pouvons que vouloir que les affirmations de la mathématique soient vraies, et qui plus est vraies d'une vérité homologue à celle du sens commun, c'est-à-dire qu'elles attribuent à des objets réellement existants, extérieurs à son discours, des propriétés qui sont effectivement les leurs. Mais les objets requis pour une telle présentation de la vérité sont forcément des entités comme 7 ou 5, nulle part trouvables dans l'espace, le temps, ou plus généralement dans l'expérience : des entités qu'il semble inévitable de qualifier d'idéales. Voilà qui paraît forcer l'adoption d'une position dite platoniste, assumant la thèse ontologique de tels objets idéaux nantis de leurs propriétés à découvrir par les mathématiciens ; seulement, par définition, nous n'avons aucune relation causale avec de tels objets, ce qui ne nous permet pas de comprendre, en tout cas de manière naturaliste, comment nous pourrions en toute certitude dire le vrai à leur sujet.
Le travail de l'école épistémologique qui s'attaque à ce dilemme consiste donc à définir un statut ingénieux pour les objets mathématiques, les rattachant à une strate ontologique plausible, tout en fixant les règles d'une sémantique pour les théories mathématiques de ces objets, expliquant sous quelles conditions et pourquoi certains énoncés sont vrais. Ultimement, un tel montage doit aussi « retrouver » la mathématique communément publiée, enseignée, utilisée : on ne se satisferait pas de justifier au plan épistémologique une mathématique déviante ou idiosyncrasique.
Les tentatives de […]
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