5. La grande crise épeirogénique récente
Déjà il y a un siècle, John Wesley Powell, collègue de Gilbert, était convaincu que « toutes les montagnes existantes sont jeunes ; les vieilles montagnes ont disparu [par l'effet de l'érosion] ». D'autre part, la majorité des stratigraphes sont prêts à reconnaître que, durant une bonne partie des temps géologiques, les continents étaient beaucoup moins accidentés qu'aujourd'hui, les côtes plus plates, les mers épicontinentales plus étendues, et les climats moins contrastés. Depuis le Miocène, la Terre connaît une époque d'accentuation générale (mais fort inégale) des reliefs, une véritable crise épeirogénique mondiale, encore accentuée durant le Quaternaire. Il s'agit essentiellement de mouvements de sens positif, mais on constate également d'importants mouvements, plus localisés, de descente comme dans le domaine méditerranéen.
Ce que l'on peut reconstituer de l'histoire de la Terre conduit à rapprocher cette grande crise récente d'autres crises survenues à de longs intervalles, parmi lesquelles celles du Précambrien ultime, de la fin de l'Ordovicien, du Carbonifère supérieur – Permien, de la limite Crétacé – Tertiaire. Ces crises sont marquées par une tendance fortement régressive des mers, par d'importantes ablations, par un refroidissement du climat pouvant aller jusqu'à des glaciations régionales, par un profond renouvellement des faunes. Elles succèdent à une orogenèse majeure plutôt qu'elles ne l'accompagnent ; elles ont lieu en régime distensif plutôt que compressif (c'est en tout cas la situation actuelle). S'il en est bien ainsi, on aurait affaire à un phénomène d'échelle et d'essence planétaire, appelant une explication également globale. Soulignons le fait que ces crises épeirogéniques n'ont pas de rapport immédiat avec l'épeirogenèse négative chronique responsable de la formation des bassins et synéclises, plus lente, plus longue, et qui marque plutôt les périodes calmes entre ces crises.
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