3. L'épeirogenèse chronique autonome
Dans le cas général, révélé par l'histoire géologique des aires continentales, l'épeirogenèse ne consiste nullement en un rétablissement d'un équilibre isostatique momentanément perturbé, mais en une modification durable du tréfonds qui à son tour déplace par rapport au géoïde, vers le haut ou vers le bas, la croûte terrestre vers une nouvelle position d'équilibre. L'épeirogenèse normale fait passer d'un état d'isostasie à un autre. Avant de supputer les causes possibles de ce phénomène, il importe d'examiner les faits avec méthode.
L'histoire des bassins et des synéclises (les amples dépressions des vieilles plates-formes) montre que le gondolement en creux a un début et une fin (la subsidence du Bassin parisien est terminée pratiquement depuis la fin du Crétacé). Il s'est poursuivi longuement (périodes de l'ordre de 50 à 200 millions d'années, voire plus) et de façon plus ou moins continue, fort souvent sans déplacement notable des zones d'égale subsidence. Le phénomène était très lent (taux annuel calculé moyen de 0,01-0,02 mm/an ou moins), mais avec des ralentissements ou accélérations modérés probables. L'histoire, forcément moins bien connue, des aires de bombement (massifs, boucliers) montre des faits analogues : montée lente, chronique, encadrée par de longues époques de stabilité.
Un caractère fondamental de cette épeirogenèse chronique est son irréversibilité généralement sans appel. Un ancien bassin, aussi profond soit-il, restera une structure concave (dût-elle souffrir de légères dénudations planes ultérieures). Un massif même fort ancien (par exemple le bouclier ukrainien) demeurera au minimum seuil ou haut-fond, ou sera à nouveau arasé après une nouvelle montée. Dans ce dernier cas, inexplicablement, il apparaît que le moho descend corrélativement en maintenant une épaisseur normale de croûte continentale, malgré les érosions successives. Toutefois, on note des exceptions à cette règle (par exemple l'effondrement tertiai […]
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