2. Délestage par érosion et subsidence de charge
La logique veut à l'évidence que l'ablation du relief continental induise une certaine montée isostatique compensatrice (Jean Buridan puis Léonard de Vinci en ont eu quelque intuition). On explique volontiers ainsi que l'érosion ne nivèle pas immédiatement les chaînes de montagnes neuves et que les hautes cimes alpines actuelles sont sculptées dans un matériel qui fut façonné sous une charge élevée (parfois plus de 20 km de superstructures ont disparu par érosion graduelle). Selon l'image familière de l'iceberg fondant au soleil, l'épeirogenèse de réajustement doit faire monter les montagnes par suite même de la dénudation. Et, de fait, les mesures et estimations effectuées en Suisse indiquent que le soulèvement actuel en voûte est de l'ordre de un millimètre par an, valeur voisine de celle qui est admise pour la dénudation globale. Cependant, les études gravimétriques, qui indiquent une forte anomalie négative, et d'autres données géophysiques font admettre l'existence sous les Alpes d'une « loupe » légère qui pourrait suffire à rendre compte de la montée en cours. Le délestage par érosion n'est donc pas l'unique facteur en jeu. Les Alpes monteraient même sans lui.
De même, le bon sens demande que toute importante surcharge (sédimentation, appareil volcanique majeur, arrivée de nappes de charriages, etc.) fasse fléchir la croûte en profondeur. Et, en effet, divers exemples plus ou moins probants vont dans ce sens. Mais il importe de réfuter une fois pour toutes la notion, lancée par Léonce Élie de Beaumont puis par James Hall, d'un bassin sédimentaire se formant et s'approfondissant sous le seul poids des sédiments : les lois de l'isostasie s'y opposent, compte tenu des densités respectives des diverses masses superposées en jeu. Le calcul montre (cf. subsidence Géologie) par exemple que le Bassin parisien, vidé de ses sédiments et livré au réajustement isostatique, formerait encore une cavité profonde de l'ordre de 1 000 mètres au centre par rapport au géoïde. Ici aussi la subsidence proprement due à la charge ne suffit pas à rendre compte des faits géologiques. Autrement dit, déjà dans les cas qui précèdent, on s'aperçoit de la complexité du problème général des mouvements verticaux épeirogéniques. Les effets directs et immédiats tant du délestage que des surcharges ne sont qu'une modalité fort circonscrite, en marge de phénomènes autonomes beaucoup plus vastes. L'érosion et la sédimentation ne font que contribuer au mouvement.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 5 pages…



