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ENTRETIENS SUR LES VIES ET SUR LES OUVRAGES DES PLUS EXCELLENTS PEINTRES ANCIENS ET MODERNES, livre de André Félibien

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2.  « Instruire en délectant »

Dans l'œuvre de Félibien qui comprend aussi des écrits politiques et religieux, les Entretiens, un succès de librairie, ont toujours bénéficié d'une considération particulière. Ils se présentent sous la forme de dialogues selon l'ordre chronologique entre un narrateur et son interlocuteur. Traversant les siècles pour parvenir à la « perfection » atteinte par les arts en France sous le règne de Louis XIV, le récit se veut une conversation cultivée, loin de tout pédantisme doctrinaire. Après le premier volume (1666), qui traite de l'Antiquité et de la renaissance de l'art en Italie, le second (1672) évoque à nouveau le Quattrocento, continue avec le xvie siècle, où une place importante est accordée à Michel-Ange ; le troisième volume (1679) traite de la peinture vénitienne, expose le contraste qui oppose les Carrache et Caravage, ainsi que quelques peintres français ; le quatrième volume (1685) présente l'école des Carrache, puis Rubens, Rembrandt et surtout Poussin ; le dernier volume enfin (1688) traite de quelques Italiens (Andrea Sacchi, Pierre de Cortone), et, surtout, des artistes français (Le Sueur, Le Brun...) depuis l'établissement de l'Académie de peinture (1648). Félibien utilise les données collectées lors de son séjour romain, il fait des recherches dans les ouvrages néerlandais (Franciscus Junius) et italiens (Vasari et ses successeurs), et il entreprend des enquêtes sur les peintres nordiques. L'ensemble des volumes est bâti selon une même structure, tout en évoluant au fil des parutions : les entretiens ont pour cadre les châteaux, les jardins, les galeries du roi, choisis en harmonie avec les exposés ; le jardin de Saint-Cloud, par exemple, sert de décor aux explications sur les relations de l'art et de la nature. L'entretien consacré à Poussin est le plus personnel et le plus important dans le système mis en œuvre par Félibien, il se déroule pour la première fois dans un cadre privé : la maison du narrateur. Colbert est mort depuis deux ans, en 1683, et le narrateur peut s'exprimer plus librement, en soulignant davantage l'autonomie de l'art : la fréquentation de l'atelier de Poussin avait imprégné l'historiographe du roi de respect pour le génie personnel des artistes, irréductible aux règles tout en demeurant solidaire des critères normatifs qu'impose la recherche du « grand genre ». Félibien reste toutefois rationaliste : dans les arts, comme dans toutes les sciences, déclare-t-il dans le sixième entretien, « les lumières de la raison sont au-dessus de ce que la main de l'ouvrier peut exécuter ».

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