1. De l'apprentissage à l'enseignement de l'art
On a souvent insisté sur la coupure entre les deux étapes historiques de la formation artistique, l'une subordonnée aux exigences de la pratique artisanale, fondées sur la transmission d'un héritage technique, l'autre, élaborée par les artistes eux-mêmes, pour revendiquer un statut identique à celui des poètes et des mathématiciens. Cependant, il n'est pas certain que cette opposition, due en grande partie à une lutte idéologique au sein du champ intellectuel, ait été dans les faits aussi radicale. S'il est vrai que le Livre des métiers d'Étienne Boileau, prévôt royal de Saint Louis, n'établit pas encore de distinction entre l'artiste et l'artisan, il est à noter que, dès le début du Moyen Âge, des recueils de recettes, écrits par les praticiens à l'usage de leurs confrères, commencent à circuler en Europe occidentale. Un ensemble de questions spécifiques soulevées par la technique picturale ou décorative se trouve ainsi répertorié. Ce sont, par exemple, le De coloribus et artibus Romanorum d'Eraclius ou le célèbre Diversarum artium Schedula du moine bénédictin Théophile, datant sans doute du xiie siècle, qui analysent les éléments constitutifs de l'œuvre – support, enduit, colorant, vernis – et posent, très tôt, le problème de la protection de la couche picturale, de sa conservation et de l'utilisation possible de l'huile comme médium. Même si ces premiers traités sont essentiellement techniques, il ne convient cependant pas de les isoler du climat intellectuel qui règne alors dans les bibliothèques des abbayes bénédictines, riches en manuscrits et en modèles venus d'Orient, et dans leurs scriptoria. D'ailleurs, dès le début du xive siècle, les enlumineurs sont rattachés à l'Université, et les artistes chargés d'illustrer les encyclopédies se voient aspirés par les cours de Bourgogne, du Berry ou d'Anjou et gratifiés du titre de « valet de chambre ». Insensiblement, le mécénat se substitue aux corporations pour favoriser l'épano […]
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