2. Le sens de l'énoncé comme description de l'énonciation
Vue à travers la terminologie qui vient d'être proposée, la notion d' énonciation est utile à la fois pour décrire le sens des énoncés (considéré comme le fait, le donné, à expliquer) et pour établir la signification des phrases (i. e. l'objet au moyen duquel le linguiste explique le sens). En ce qui concerne le premier point, on peut définir le sens d'un énoncé (mais ce n'est évidemment pas la seule définition possible) comme une description de son énonciation : ce serait une sorte d'image construite par le locuteur pour l'allocutaire, dans laquelle il caractérise le fait historique que constitue l'apparition de l'énoncé.
Au centre de cette définition il y a l'idée que le locuteur, même dans les énoncés en apparence les plus « objectifs », parle de l'énonciation. Historiquement, une telle thèse doit être reliée aux recherches de Benveniste sur les pronoms (Problèmes de linguistique générale, I, chap. xx), même si elle amène finalement à les mettre en doute.
Benveniste s'appuie sur le fait bien connu que les pronoms de première et de deuxième personne servent à désigner, respectivement, l'être qui est en train de parler et celui à qui on est en train de parler. D'où il résulte qu'en employant un tel pronom on fait toujours allusion à sa propre parole, à l'instance de discours à l'intérieur de laquelle on l'emploie. Le moment difficile du raisonnement de Benveniste est celui où, à partir de ce fait, et compte tenu qu'il existe des pronoms de première et de deuxième personne dans toutes les langues connues, il conclut que l'allusion à l'instance de discours est un trait essentiel, fondamental, de la parole humaine. Conclusion qui n'a aucune nécessité si on entend par « trait essentiel » un trait rendu nécessaire par les contenus que cette parole communique. On peut toujours répondre en effet que le recours à je et à tu pour la désignation d'êtres particuliers est un simple procédé, dont l'universalité s'explique uniquement par son caractère économique. […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 12 pages…



