Bilal expose, dans ses ouvrages de bandes dessinées, ses tableaux et ses films, une vision d'un monde en dégénérescence chronique, qui peut faire penser dans un autre domaine au Précis de décomposition (1966) de E. M. Cioran. Si l'œuvre se montre fondamentalement pessimiste et désespérée, son créateur n'en a pas moins manifesté à plusieurs reprises son intérêt pour la chose publique.
1. Graphiste, décorateur, cinéaste
Auteur de bandes dessinées, peintre, cinéaste, Enki Bilal, de son vrai nom Enes Bilalovic, est né dans l'ex-Yougoslavie, à Belgrade (Serbie), le 7 octobre 1951, d'un père bosniaque musulman laïque et d'une mère tchèque et catholique. Il arrive en France à l'âge de dix ans. Après avoir suivi quelques cours à l'École des beaux-arts de Paris, il débute dans la bande dessinée en 1972 en travaillant pour le magazine Pilote, où il fait la connaissance de Pierre Christin, scénariste de la série de science-fiction Valérian. Cette rencontre va être déterminante : ensemble, ils créent divers récits de politique-fiction, dont deux marqueront l'histoire de la bande dessinée : Les Phalanges de l'ordre noir (1978-1979), qui met en scène d'anciens combattants de la guerre civile espagnole reprenant les armes pour un combat douteux ; et Partie de chasse (1981-1983), fable prémonitoire sur la sénilité du communisme en Europe de l'Est, moins de dix ans avant l'implosion réelle (ces deux œuvres ont été réunies en 2006 dans un volume intitulé Fins de siècle). En 1982, inspiré par le Mur de Berlin, il réalise le portfolio Die Mauer.
Enki Bilal est par ailleurs son propre scénariste pour La Foire aux immortels (1980), récit fantastique dans lequel les dieux de la mythologie égyptienne font irruption dans le Paris du xxie siècle. Cette bande dessinée connaît deux prolongements, La Femme piège (1986) et Froid Équateur (1992), qui viendront former a posteriori La Trilogie Nikopol (du nom du personnage commun aux trois récits).
Ne voulant pas se limiter à la bande dessinée, Bilal diversifie ses activités. […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



