6. Enfer et paradis orphiques
Il est probable que ce passage de L'Odyssée reflète des influences orphiques. Ce sont en effet les orphiques qui ont modifié la conception traditionnelle de l'autre monde. Selon leurs vues, on subit dans l'Hadès la peine des péchés qu'on n'a pas expiés sur la terre. En descendant aux enfers, l'âme sera châtiée ou récompensée suivant ses fautes ou ses mérites. « Les coupables sont condamnés à de longues souffrances. Plongés dans un bourbier, ils se verront infliger un supplice approprié à leur pollution morale, comme des pourceaux aiment à se vautrer dans la fange ; ou bien ils s'épuiseront en vains efforts pour remplir un tonneau percé ou pour porter de l'eau dans un crible, image, suivant Platon, des insensés qui s'abandonnent, insatiables, à des passions toujours inassouvies. En réalité, il s'agit peut-être de la punition de ceux qui, ne s'étant pas soumis aux ablutions cathartiques, doivent, dans l'Hadès, apporter constamment, mais en vain, l'eau du bain purificateur. » (F. Cumont, Lux perpetua.)
Désormais, il existe deux séjours distincts, celui des bons et celui des méchants, les champs Élysées et le Tartare (l'Hadès). Les champs Élysées, situés par Homère dans les îles Fortunées, furent transportés dans l'empire de Pluton. Quant au Tartare, les orphiques semblent le réserver à ceux que la gravité de leurs crimes, comme s'exprime Platon, a rendus incurables. Quand, par exemple, ils ont commis de nombreux et terribles sacrilèges, des meurtres volontaires, lâches et violents, ils sont précipités dans le Tartare et jamais plus n'en ressortent. Les non-initiés, c'est-à-dire tous ceux qui n'ont pas connu l'initiation orphique, vont souffrir dans un bourbier fangeux jusqu'à ce que, purifiés, ils renaissent à une autre existence terrestre.
Le paradis orphique, promis aux initiés, était une région bienheureuse du monde souterrain, prairies émaillées de fleurs où abondent les arbres chargés de fruits, où les âmes se reposent dans une douce lumière, part […]
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