2. Le pouvoir économique de l'enfant
En France, on estime que les jeunes ont un pouvoir d'influence économique directe ou indirecte sur près de 15 p. 100 de la consommation totale et sur près de 43 p. 100 de la consommation familiale. De plus, on évaluait en 2003 à 131 millions d'euros le pouvoir d'achat direct dont bénéficient les enfants de quatre à dix ans, par le biais de leur argent de poche. Il convient d'ajouter « l'argent en poche », estimé quatre fois plus important, qui comprend notamment la « gratte » – ce que l'enfant « oublie » de rendre lorsqu'il fait les courses à l'épicerie ou à la boulangerie – ou ce que la famille lui donne à l'occasion d'étrennes, d'anniversaires, de communions ou en remerciement de services rendus (tondre la pelouse, laver la voiture, etc.). Grâce à ces importants revenus, les enfants effectuent de nombreux achats indépendants pour des produits de plus en plus variés : sucreries, snacks, mais aussi vêtements, jeux vidéos, biens électroniques, jouets (250 achats indépendants par an en moyenne pour les enfants américains âgés de dix ans). Les raisons pour lesquelles les enfants souhaitent pouvoir faire seuls leurs achats sont liées à une autonomisation : liberté de choix plus grande (50 p. 100), plaisir d'acheter (14 p. 100), désir d'exercer une responsabilité, d'apprendre, de décider (11 p. 100) mais aussi crainte des oppositions des parents (7 p. 100), d'après les estimations de Joël Brée. Cette affirmation de soi dans le processus d'achat s'accroît avec l'âge puisque le nombre d'enfants mécontents des achats parentaux dépasse 50 p. 100 dès l'âge de neuf ans.
En outre, les parents eux-mêmes demandent de plus en plus facilement aux enfants de réaliser un certain nombre de courses familiales en leur donnant ou non des directives. L'enfant, confronté de plus en plus tôt à l'acte d'achat, doit donc construire son propre comportement de consommation. En France, plus de la moitié des enfants âgés de six ans ont par exemple déjà effectué un achat seuls. Ils sont de plus en plus invités à fréquenter des magasins qui leurs sont spécifiquement dédiés tels que la Fnac Junior, Chipie ou autres Micromania. Néanmoins, même s'il agit en tant qu'acheteur, l'enfant peut-il être considéré comme un consommateur à l'égal des autres ?
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