5. Socialisation ou personnalisation ?
Les recherches sur la socialisation ont du mal à se dégager des querelles idéologiques sur les rapports individu-société. En opposition avec les interprétations individualistes, qui mettent l'accent soit sur les racines pulsionnelles de la sociabilité, soit sur une fonction de sympathie ou encore sur l'activité cognitive et intellectuelle, les sociologues n'ont pas manqué de souligner que l'individu naît dans un système d'institutions qui, par contagion, conditionnement, persuasion idéologique, construisent, quasiment du dehors, ses conduites sociales. L'étude ontogénétique relativise cette opposition. Elle oriente vers une conception dialectique, qui voit dans la socialisation une activité à plusieurs niveaux.
Ce qui existe au fondement de cette activité, ce n'est ni la pulsion, libidinale ou grégaire, ni même la dyade du moi et de l'autre, mais plutôt le triangle : l'enfant – sujet et personne en construction –, l'adulte – personne traversée de conflits internes –, le système culturel. La communication entre les deux premiers termes, d'origine émotionnelle, d'attachement réciproque, en fait, ne peut se développer qu'à partir de l'appel incessant des multiples valeurs culturelles auxquelles adhère l'adulte, auxquelles l'enfant désire adhérer parce qu'il s'identifie à ce dernier. La communication humaine n'existe que par l'acculturation, et réciproquement.
Mais il y a dans le système culturel des contradictions – du type de celle du maître et de l'esclave dont la conséquence est une aliénation des partenaires : ainsi déjà dans l'éducation de l'enfant promis à une culture dont il sera dépossédé par sa future condition sociale, à une liberté de pensée qui lui est volée par la propagande. C'est à la communication, à la discussion, à la critique armée des instruments rationnels de la pensée scientifique – où se cristallisent d'innombrables réflexions – qu'il revient de provoquer une socialisation active de la part des jeunes. Ainsi se poursuit dans la socialisation la recherche d'activités caractéristiques de la personne : activités intentionnelles menées avec la conscience d'une finalité transindividuelle, accomplies à l'initiative de l'individu, avec la conscience d'une séparation entre ce qui relève de lui et ce qui relève des autres, et de son inscription dans l'histoire. La socialisation se prolonge, et se justifie, dans sa fonction de personnalisation ; elle dépend en fait du mouvement historique dans lequel les civilisations élaborent la notion de personne (I. Meyerson).
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