3. La naissance et la période néonatale
Par rapport à la symbiose entre la mère et l'enfant qui caractérise la période intra-utérine, la naissance marque un profond bouleversement pour l'un et pour l'autre. On connaît bien les modifications physiologiques et psychiques qui, chez la mère, suivent l'accouchement : sentiment de « perte » et parfois phase de dépression, qui peut suivre passagèrement toute naissance. Des remaniements identificatoires affectent aussi chaque membre de la famille, y compris les enfants aînés. Quant au nouveau-né lui-même, rappelons qu'Otto Rank (1924) voyait dans l'expérience qu'il fait du traumatisme de la naissance l'origine de l'angoisse névrotique de l'adulte.
On peut, du moins, se faire une idée de ce que vit le sujet qui vient de naître en évaluant les profonds changements de milieu qu'il subit et en observant son comportement dans les jours qui suivent sa venue au monde.
L'enfant a passé neuf mois de sa vie dans un milieu liquide, maintenu de toutes parts par la pression amniotique, sans être soumis à la pesanteur. Puis il est violemment projeté dans le monde aérien, à la manière d'un astronaute qui aurait perdu sa combinaison spatiale, selon l'image d'Esther Bick. Cela peut provoquer chez lui une angoisse de chute, de « chute sans fin », tant qu'il n'a pas le sens intime de sa peau et de ses limites corporelles propres. C'est alors sans doute le contact et la chaleur du corps maternel qui reconstituent l'« enveloppe de suppléance » la plus proche de l'état antérieur, de même que l'allaitement à la demande, lorsqu'il est possible et souhaité par la mère, prolonge les échanges continus de la période prénatale. Une véritable psychoprophylaxie devrait inciter à rendre aussi douce que possible la transition entre la période fœtale et la période postnatale, des expériences d'angoisse ou des frustrations répétées risquant, en effet, de déborder une organisation psychique encore trop rudimentaire pour les intégrer.
Les douleurs maternelles de l'ac […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 13 pages…



