5. Les mythes de l'enfant dans notre société
De ces structures générales de l'enfant, on peut tirer un certain nombre de conséquences. Tout d'abord quant à la nature de l'enfant. En réalité, celui-ci n'est plus à considérer comme une « nature », comme un être organique qui se développerait ou non selon des stades bien délimités et autonomes. L'enfant est un sujet parlant, un sujet du désir qui cherche sa reconnaissance et son identité à partir de la parole de l'Autre.
Ce n'est que par une série d'erreurs ou de mythes (qui n'expriment que l'angoisse de la société adulte) que l'enfant est méconnu dans son être : en fait, ce qu'on dit ordinairement de l'enfant exprime plutôt la représentation que l'adulte se fait de cet enfant, c'est-à-dire le rôle qu'il lui attribue dans la société mais aussi par rapport à lui-même et à ses difficultés. L'enfant est le support ou le refuge ou le masque de la névrose des parents ou de leur angoisse. C'est cette même fuite qui explique tous les mythes de la pédagogie et de la pédiatrie : l'enfant sans problème, l'enfant bien adapté, les parents parfaits, l'école sans histoire, etc. On transforme l'enfant en mécanisme d'adaptation et, en outre, on le charge de cristalliser les angoisses ou de réaliser les idéaux des adultes.
À partir de là, on comprend que la société traite en fait l'enfant comme l'objet d'un savoir technocratique dont on attend rendement et efficacité : les tests de niveau d'une part, les classifications des troubles d'autre part, en prétendant se mettre au service de l'enfant, ignorent en fait celui-ci comme sujet du désir et comme être de la parole. Étiqueté (comme caractériel, débile léger, débile profond, psychotique, etc.), jaugé (par le Q.I.), classé (dans les différentes classes précisément : pour retardés, pour dyslexiques, pour dysorthographiques, etc.), l'enfant est, en réalité, comme le dit Maud Mannoni, abandonné à sa désespérance, s'il est malade, ou à la solitude de son effort pour vivre, s'il est bien portant. Car, e […]
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