2. Du renouveau symboliste aux oracles de la « vie accrue »
C'est en effet durant son premier séjour à Paris (1904-1905), et grâce à la découverte du symbolisme, que le talent d'Ady s'affirme. En 1899, à Debrecen où il avait fait de vagues études de droit et en 1903, à Nagyvárad (actuellement Oradea en Roumanie) où il s'était distingué par le courage et le franc-parler de ses articles, ses deux premiers recueils de vers n'avaient été que des promesses. Le troisième Poèmes nouveaux (Új versek), publié à Budapest en 1906, après son retour de France, inaugurait le renouveau de toute la littérature hongroise. Léda (Adél Brüll), une Hongroise mariée, établie à Paris, était l'initiatrice littéraire et, en partie, l'inspiratrice d'Ady. À cette influence s'ajoutaient deux expériences : l'opulence et la liberté du monde occidental évolué qui contrastait avec l'état arriéré de la patrie, et la syphilis, contractée naguère, mais constatée à Paris, qui l'orientait vers une conception sadomasochiste de l'amour. Sang et Or (Vér és Arany, 1907) devait être le titre significatif du recueil suivant.
Quand parurent Sur le char d'Élie (Az Illés szekerén, 1908), J'aimerais qu'on m'aime (Szeretném ha szeretnének, 1909), Poèmes de tous les secrets (Minden titkok versei, 1910), Ady était déjà le chef de la jeune génération et le grand homme de la revue Nyugat. C'était un homme gravement malade, usé par la névrose et l'alcool, en proie à des hallucinations nocturnes. Il allait s'engager en un débat véhément avec son dieu personnel, semblable à la fois au Seigneur de l'Ancien Testament, vengeur et paternel, et à une sorte de Trinité effrayante composée par le Temps, la Mort et le Néant. L'apparition de cette force mythique fait peu à peu converger les thèmes majeurs dans une vaste vision du Destin ; elle modifie aussi le langage qui, se dépouillant des mélodieux agréments du style symboliste et des fioritures du « modern style », prend les accents rugueux des prophètes de la Bible, des paraphrases de psa […]
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