4. Les Almoravides et la chute du Ghāna
La domination du Ghāna avait irrité les Sanhadja qui se sentaient frustrés au moment où le triomphe des Fāṭimides suscitait une grave crise morale dans l'Islam occidental. On comprend donc que ces Berbères aient adhéré avec ardeur à la réforme orthodoxe de ‘Abd Allāh ben Yāsīn (1042). Inspirés par cet ascète, ils entrèrent dans la guerre sainte, créant ainsi l'empire des Almoravides (al-Murābiṭūn, « ceux du ribat » ou couvent militaire). Si le gros de leurs forces s'orienta vers le Maroc et l'Espagne, ils n'épargnèrent pas leurs adversaires soudanais. Les Soninké furent ainsi chassés d'Awdaghost en 1054 et le tunka Bassi, ami notoire des musulmans, fut remplacé en 1061 par son neveu Menin, qui incarnait l'intransigeance animiste. Ce dernier fut tué quand la capitale tomba aux mains des musulmans, en 1076. Appuyée par certains États noirs déjà islamisés comme le Tekrur (Sénégal), la domination des Almoravides s'étendit alors largement sur le Sahel soudanais. Restée pourtant fragile, elle s'effondra peu après 1087, quand son chef Abū Bakr ibn ‘Umar fut tué au combat.
Dès le début du xiie siècle, les peuples noirs s'étaient donc affranchis, et particulièrement les Soninké, mais l'empire du Ghāna était bien mort. Les Soninké constituaient désormais de nombreux petits États dont le Ghāna se distinguait seulement par une nouvelle dynastie musulmane, alors que partout ailleurs la classe politique demeurait animiste. De plus, l'idée d'État qui avait triomphé chez eux s'était largement diffusée à travers les savanes soudanaises. Les Soninké subirent ainsi l'hégémonie du Sosso au xiie siècle, puis celle du Mali du xiiie au xve, enfin celle du Songhay.
Cependant, le dessèchement des franges nord du pays obligeait les cultivateurs à se replier, abandonnant leurs terres aux nomades, tandis que les routes caravanières se détournaient vers la boucle du Niger dans l'Est (Oualata, Tombouctou) et le bas Sénégal dans l'Ouest. C'est ainsi que le Ghāna disparut obscurément, re […]
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