2. L'amour et la haine
Au commencement règne souverainement le dieu à la forme sphérique, Sphairos, indistinct, indifférencié, sans autre division que les limites de sa propre circonférence. La Haine est au-dehors, dans l'extériorité de la limite. La genèse débute quand la Haine s'accomplit, quand elle s'attaque au dieu et que le dehors s'affirme en s'opposant à tout ce qui n'est pas lui. L'action est d'abord totale ; la séparation est à la mesure de l'Un ; la sphère, entièrement désintégrée, offre l'image antithétique du mélange parfait. La force opposée se manifeste aussitôt. L'Amour tend vers le centre, qu'il pose en se développant, et son mouvement est circulaire, tandis que la Haine se propage par des secousses et par des vibrations. C'est au cours de la descente vers le centre que les quatre éléments, en un premier temps, dessinent leurs masses haineuses, et structurent l'univers en zones concentriques. La Haine et l'Amour, dans cette poussée centripète, s'associent dans l'amour de soi, l'attraction des semblables. Dès qu'il occupe le centre, l'Amour remonte pour se soumettre la Haine qui sépare les éléments. Dans la poussée vers la périphérie, il les mêle et façonne, contre la Haine, les choses. L'Amour se sert de la Haine dans l'amour de l'autre, dans l'union des dissemblables.
Ce processus, présenté dans une genèse, analyse les forces qui, dans l'état actuel du monde, se disputent les choses. Prises entre deux mouvements contraires, composés eux-mêmes de tendances opposées, les parties d'éléments subissent, dans les tissus, la loi de la sphère ; mais quand la division prédomine, elles vont accroître les masses qui constituent les réserves du monde.
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