D'origine polonaise, Émile Meyerson a reçu une formation de chimiste, d'abord à Heidelberg, comme élève de Bunsen, puis en France, où il s'installe en 1881. Ruiné par l'industrie, il devient rédacteur de l'agence Havas pour la politique étrangère, puis (1891) directeur de la Jewish Colonization Association pour l'Europe et l'Asie Mineure. Parallèlement, il publie quelques études d'histoire des sciences (réunies dans les Essais, 1937) et s'oriente peu à peu vers les « idées directrices » ; ses ouvrages, tardifs et peu nombreux (Identité et réalité, 1908 ; De l'explication dans les sciences, 1921 ; La Déduction relativiste, 1924 ; Du cheminement de la pensée, 1931), portent, par l'ampleur des références et des digressions, la marque d'un esprit encyclopédique.
De même que les objets ne sont que nos « sensations hypostasiées », le réel n'existe qu'en tant qu'il résiste à la raison. Jamais le savant ne peut prétendre épurer tout à fait ses théories d'un élément réaliste — quoique toute sa démarche nie la diversité des sensations en la réduisant par l'explication —, c'est-à-dire la permanence de la cause derrière les effets, de la substance derrière les accidents. Il convient ici de distinguer : une « causalité scientifique », apte à discerner l'identité transformée de l'antécédent au conséquent ; une « causalité théologique », calquée sur le modèle anthropomorphique des changements provoqués par une volonté extérieure ; enfin, le concept hybride de « causalité efficiente ». La science tend à l'identité pure, soit, paradoxalement, à la destruction de son objet et à sa propre négation comme travail : puisque la nature existe, il faut à la raison d'incessants détours, de perpétuels compromis avec l'expérience, pour expliquer ce qui l'arrête. L'analyse que fait Meyerson du principe de Carnot constitue un classique de ces conceptions : la réalité nous oblige à opposer au principe idéal de conservation de l'énergie un principe de dégradation.
Contre le phénoménalisme et le positivisme, […]
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