2. Le linguistique et le social
Il est vrai que la stricte reconstruction des formes, telle qu'elle est pratiquée dans les Origines, a de plus en plus cédé le pas, chez Benveniste, à d'autres modes d'appréhension des études indo-européennes. Depuis longtemps déjà, il avait paru légitime de restituer, à partir des formes, les réalités objectives de la société et de l'histoire d'un peuple indo-européen. Malheureusement, l'entreprise, brillamment amorcée par Fustel de Coulanges dans sa Cité antique et continuée entre autres par Saussure, Meillet et Vendryès, avait souvent été viciée par l'intrusion d'une imagerie primitiviste, parfois fort suspecte. S'appuyant sur les travaux de Lévi-Strauss et de Dumézil, Benveniste considéra que les structures sociales et les systèmes de représentations étaient organisés suivant des règles analogues à celles qui régissent les structures linguistiques. Il était donc légitime d'étendre à la reconstruction des objectivités signifiées par les formes les méthodes qui permettent de reconstruire les formes elles-mêmes. Mais, en retour, cette reconstruction étendue doit procéder avec une rigueur égale. Furent ainsi soumises à une investigation systématique des dénominations institutionnelles : nom de parenté, nom de l'esclave... Benveniste y fit inlassablement valoir le point de vue de Fustel de Coulanges, distinguant l'entité institutionnelle, et plus généralement symbolique, de la détermination matérielle ou naturelle : ainsi, le père indo-européen n'est pas le géniteur et le nom reconstruit qui le désigne ne saurait être interprété comme le nom d'agent d'une fonction naturelle – engendrement, protection ou surveillance ; le nom de l'esclave, variant de langue à langue, n'est généralement pas susceptible de recevoir une étymologie claire : on peut en conclure que le nom n'est pas inhérent à l'indo-européen et désigne une institution d'origine étrangère. Par la multiplication de telles observations et de tels raisonnements, la figure d'une organisation se dess […]
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